Eglise en terre crue

RWANDA

DIDASCALIE

Dans la vallée de Rumoko se dessine aujourd'hui un nouvel élément. Comme observant les collines et les mouvements permanents de la nature, un nouveau sanctuaire prend place. L'endroit semble emprunt d'une grande sérénité. Un chemin fraîchement dessiné dans la brousse guide le fidèle jusqu'à ce lieu de contemplation. Le recueil y est propice et la méditation divine. Un parfum d'absolu se dégage de cette nature d'une apaisante force. Le clocher s'élève devant le Prieur qui entrevoit son reflet dans le bassin d'eau, soufflé par le vent du soir. Le ciel prend une teinte orangée et colorée précédant les jours de pluie. La nuit approche. Le pèlerin éclairé de quelques bougies embrassant le pourtour de l'édifice se retire. Il observe une dernière fois l'endroit avant de rendre à la nature ce qui lui revient de droit.

LA VOIX DU MILIEU : Un ancrage terrestre

L’objectif, à travers ce sanctuaire est de rétablir un rapport plus fondamental et plus responsable avec l’environnement naturel du lieu afin de faire rentrer le pèlerin dans un état de coexistence équilibré : entre son contexte et sa spiritualité. Nous recréons ici une relation directe à travers la matière, le cycle des saisons et le temps qui passe, comme un nouveau prisme vers une forme de mysticisme .

En ce sens, notre projet architectural participe à élever la consciences$ des visiteurs vers une reconquête spirituelle et sensible de leur relation à l’environnement. Dans la perspective d’un ancrage terrestre plus fondamental, il convient de reconstruire dans nos sociétés contemporaines un espace poétique et sensuel qui éveille nos émotions et réactive nos sens.

Le lieu, par sa matérialité, devient l’expérience réunissant les ressources des milieux et l’expression de la culture qui met en oeuvre les savoir-faire locaux du Rwanda en exploitant une ressource inavouée : la terre. Le projet combine deux techniques simples à mettre en oeuvre : la brique de terre cru (BTC) et le pisé.

La communauté pourra ainsi ériger elle-même son église.

MATIERE : Terre de mémoire; Terres spirituelles

Le mot matière vient du latin “mater” qui signifie “la  mère ”, “la source”, renvoyant ainsi aux origines, à l’environnement fécond et nourricier de la terre-mère. En ce sens, la matière se pose comme la valeur de la médiance entre deux éléments fondamentaux : ce qui existe, la chose physique, le réel, le concret; et l’homme, dans sa capacité sensible à faire une lecture des choses matérielles.

Reconsidérer les matières naturelles propres à chaque milieu d’implantation, c’est réhabiliter l’idée que la nature n’est pas une ressource essentiellement physique ou biologique mais qu’elle est aussi la source de nos pensées et de nos émotions les plus anciennes, que nous sommes reliés au monde à travers nos sens et que cette expérience sensorielle est le fondement de la connaissance existentielle. Les matières réactivent nos liens de chair et notre attachement affectif à la nature par un rapport plus fondamental entre elle et nous qui aboutirait à un état de coexistence plus équilibré.

MEDIUM : Vers une frugalité spirituelle

Notre projet est envisagé comme un médium qui vise à reconnecter l’humain à son environnement, en favorisant un équilibre dynamique entre les milieux des hommes et leurs matières naturelles. Notre dispositif invite à écouter, à regarder et à sentir le monde afin de reconstruire un espace spirituel, poétique et sensuel.

Pour nous, un lieu spirituel tel qu’une église doit retrouver une prise avec le climat, le vivant et le sol, doit mettre en scène les temporalités naturelles telles que le jour, la nuit et les saisons, doit d’intégrer et révéler les usages. Le vent, la pluie, la lumière, la chaleur d’un rayon de soleil, le bruissement des feuilles ou le chant d’un oiseau sont autant de flux avec lesquels nos trois formes jouent et se déjouent.

« Nous apprenons à mieux aimer et à mieux respecter la nature et les peuples vivants qui la peuplent, en comprenant que végétaux et animaux, si humbles soient-ils ne fournissent pas seulement à l’homme sa subsistance, mais furent aussi à ses début, la source de ses émotions esthétiques les plus intenses, et dans l’ordre intellectuel et moral, de ses premières et déjà plus profondes spéculations »

Claude Levi Strauss - Le regard éloigné. Edition Plon, 1983

Image de couverture du projet Eglise en terre crue
Image de couverture du projet Eglise en terre crue
Image de couverture du projet Eglise en terre crue
Image de couverture du projet Eglise en terre crue
Image de couverture du projet Eglise en terre crue
Image de couverture du projet Eglise en terre crue

DISACALIA

Something brand new rises within the Rumoko valley landscape. An observer of the hills, of the permanent moves within the wild nature, a new sanctuary takes place. The location seems full of serenity. The faithful of the Church are guided along a freshly laid out path on the bushland to reach the place, conductive to contemplation and divine mediation. An aura of absolute emerges from the soothing strength of this nature. The bell tower stands tall in front of the Prior seing its reflection in the basin, gently lulled by the evening breeze. The sky slowly turns orange and colorful during rainy days. The night approaches. The pilgrim, surrounded by the light of a few candles, that create a reflection around the structure, now walks away. He observes the place one last time before it goes back the nature in which it belongs.

SPEAKING FOR THE ENVIRONMENT: A terrestrial anchorage

Throughout this sanctuary, the aim is to restore a more fundamental and responsible link with the natural environment to recreate an holistic state in which coexist, in a balanced way, spirituality and context: a direct relationship to the material, the cycle of the seasons, the passing time; a research into primitivism.

In that sense, our architectural project contributes to raise the visitors’ awareness through a spiritual and sensitive reconquest of the nature around. In the pursuit of a more fundamental terrestrial anchorage, it is worth rebuilding a poetic and sensual space that awakens our senses and emotions, in our contemporary times.

Being material, the site becomes an experience that gathers the local resources and the cultural expressions while using the know-how of Rwanda especially towards one unavowed resource: the earth.

The project combines two techniques that are easy to implement: mudbrick and rammed earth.

The community itself will then be able to construct its church.

MATERIAL: Earth with memory; Earth with spirituality

The term material originates from the latine mater that refers to the mother, the source; reflecting the origins, the fertile and foster environment of mother Earth. In that sense, the material stands for the value of mediance between two fundamental elements: the things that exist, physically, the real, the concrete and the human being, able of sensitivity when imagining material elements.

Reconsidering natural materials inherent in each supporting environment means reconsidering the idea that nature is not primarily a physical or a biological resource but also the origin of our thoughts and fundamental feelings, that we are connected to the earth through our senses and that this sensorial experience is the foundation of our existential knowledge.

Material reactivate human’s physical and emotional connection to the nature via a more fundamental relationship between the two, that result into a coexisting and balanced state.

MEDIUM: Towards a spiritual frugality

We envisage our project as a medium to reconnect the human to its environment, by offering a dynamic balance between the humans’ environments and the natural materials. Our scheme is an invitation to look and feel the world in order to rebuild a spiritual space, sensual and poetic.

To us, a spiritual place like a church has to regain some purchase on the climate, the living or the earth, has to accompany the natural times such as day, night and seasons and must include and reveal the possible uses.

Wind, rain, light, a warmth ray of sunshine, leaves rustling in the wind or the song of a bird are as many fluxes with which our three shapes play and outplay.

« We learn to love better and to better respect the nature and the living peoples who live in it, understanding that plants and animals, however humble they are, not only provide the human with his sustenance, but were also at the beginning, the source of his most intense aesthetic emotions, and in the intellectual and moral order, of his first and already deeper speculations ».

Claude Levi Strauss - Le regard éloigné. Edition Plon, 1983