Maison en bande en bourgogne

Charny (89120)

DIDASCALIE

Lorsqu’on s’installe à la campagne, on cherche à s’aménager un chez-soi, à y construire sa propre histoire familiale, à y cultiver son propre jardin, à y récolter ses propres légumes, à s’éloigner de ses voisins et de leurs nuisances, etc. On vient y développer un sentiment d’appartenance à la terre, sentiment peu disposé en ville. Mais l’ère de l’anthropocène a changé la donne par la raréfaction des ressources, des terrains à bâtir et l’envolée des charges comme celle de l’énergie. Alors l’idée de construire sa maison de campagne en mutualisant les efforts a germé. Mais à quel prix ? Jusqu’où suis-je prête à mettre en commun pour vivre mieux ? Que suis-je prêt à céder dans ma volonté de m’autodéterminer ? Qu’en est-il de notre rapport à l’autre avec qui l’on partage cette aventure ? Qu’est-ce que s’inscrire de manière durable dans un territoire, dans cette nouvelle manière d’habiter ? Qu’est qu’une maison partagée en milieu rural ? Qu’est qu’un hameau ? Les triplés sont une réponse à cette nouvelle manière d’habiter la ruralité. C’est un concept nouveau, adapté à un mode de vie en mutation qui se profile len¬tement mais sûrement, hors du système essoufflé de celui de l’économie linéaire. C’est un concept adaptable. C’est un concept basé sur un système constructif simple, repro¬ductif, durable, local. C’est un concept évolutif, personnalisable. C’est un concept peu cher mais plein de potentiel. C’est un concept qui rassemble dans une maison trois espaces appropriables, respectueux de leur contexte et constructivement duplicables. Elles offrent la possibilité de répondre aux trois enjeux posés ici.

USAGES

Le premier enjeu est celui de l’appropriation : la limite entre partage et possibilité d’évolution de ses besoins.
Nous avons donc choisi de proposer dans une enveloppe deux logements identiques et généreux. Permettant ainsi de faire évoluer le bâtiment en fonction des histoires personnelles et des manières d’habiter de chacun. Ainsi nous sommes partis sur la base de deux T4 qui pourraient annexer un espace tampon. Au choix, l’ensemble constituerait un T4 et un T6 ou 2 T5. Cet espace tampon au-delà d’offrir la possibilité d’extension, gère la distance entre les logements et rassemble les besoins à mutualiser tel que l’énergie et le garage à vélos. Nous proposons donc une maison composée de deux logements et de trois espaces appropriables. Afin d’offrir cette qualité, la construction doit être rationnalisée.

ARCHITECTURE

Le deuxième enjeu est d’ordre économique. L’intelligence du projet doit avoir l’ambition de ses moyens. Pour cela, nous avons pris comme hypothèse un ratio de 1500 euros HT / m² SHAB qui nous paraît tout à fait cohérent avec le contexte régional, un terrain avec une forte pente et l’ambition du projet notamment en terme énergétique. L’optimisation des coûts se fera dans la duplicité de la proposition. C’est un investissement sur le long terme. Nous proposons ici un système constructif simple, compact et duplicable. Il est composé d’une structure primaire en bois qui soutient la charpente. Sur cette armature, nous déployons des panneaux préfabriqués bois qui certifient l’étanchéité à l’air ainsi que la gestion des délais de chantier. Nous pourrons valoriser les ressources par l’obtention du label « biosourcé ». Les planchers ainsi que les murs « fusibles » entre les logements seront en béton pour leur propriété acoustique. La toiture sera en pente et traitée en joint debout afin de gérer au mieux son intégration dans le paysage. Nous cherchons à valoriser une filière des circuits courts pour définir un chantier propre qui prônerait le respect de son environnement proche et lointain.

PAYSAGE

Le troisième enjeu est le respect de son contexte.
L’écriture architecturale ici proposée cherche à valoriser le rapport au déjà-là : l’utilisation de la brique comme dans la maison traditionnelle bourguignonne, les toitures en pente du bourg de Charny qui définissent l’identité du territoire., l’expression d’un tout où chacun arrive à s’identifier : Trois teintes de briques pour trois espaces, trois types d’ouvrant en fonction de son rapport aux paysages. Cherchant à ne pas marquer le paysage et passer inaperçu, nous développons la technique du ton sur ton afin que l’œil se trompe lui-même en respectant le paysage lointain. Pour nous, l’expression d’un bâtiment doit être celle de la lecture d’un ensemble respectueux de son contexte proche, autrement dit le paysage.

Image de couverture du projet Maison en bande en bourgogne
Image de couverture du projet Maison en bande en bourgogne
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